Programmation annuelle : 2021

APPRIVOISER LE TIGRE : une cinquième édition du festival Fictions Documentaires

Fiction documentaire – un oxymore en apparences, mais un genre photographique à part entière. Alliant la fiction et l’approche documentaire, il encapsule avec justesse ce qu’est notre société aujourd’hui. Cette pratique contemporaine est à l’image de ce qu’est le GRAPh ; une identité plurielle, qui mélange et allie des actions de programmation artistique aussi bien que des actions qualifiées de sociales. À travers sa programmation, son soutien à la création, ses interventions auprès des publics spécifiques, ses actions d’éducation à l’image, le GRAPh provoque cette rencontre fertile entre le monde de l’art contemporain et le public dans toute sa diversité.

Pour la cinquième année, cette « provocation » porte un nom : Fictions Documentaires, un festival de la photographie sociale à Carcassonne.

Fictions Documentaires est un festival unique en son genre, car si bien sûr, le genre de la fiction documentaire est présent dans le paysage photographique contemporain, notre festival est le seul en France à y être entièrement consacré. Il représente l’essence de notre engagement, tourné vers cette pratique, qui transpire dans toutes nos actions : soutien à la création, résidences d’artistes, éducation à l’image…

La programmation de cette année, comme les précédentes, n’aborde pas une thématique particulière, mais balaie les champs des possibles et montre la diversité de la création dans ce domaine. La programmation de Fictions Documentaires rassemble de grands noms du monde de la photographie, précurseurs de la fiction documentaire (parfois à leur insu), et des photographes émergents, qui aujourd’hui peuvent se revendiquer de cette pratique qui porte enfin un nom. Nous voulons également montrer comment, sur son territoire, le GRAPh, à travers ses résidences d’artistes, le dispositif Entre les Images (Réseau Diagonal), ses actions au quotidien auprès des publics spécifiques, participe à la réflexion, à la recherche et à la mise en lumière de ce genre photographique.

En cinq ans, notre festival a trouvé ses marques et son public, et acquis une notoriété nationale, grâce à la confiance, au soutien et à la reconnaissance de l’ensemble de nos partenaires institutionnels, de la presse, de nos pairs, et du public.

Malgré une année 2020 dramatique pour le monde de l’art et de la culture, nous avons réussi à maintenir dans des conditions « acrobatiques » la quatrième édition de notre festival. Grâce à une équipe de professionnels et de bénévoles investis et motivés à deux cents pour cent, cette cinquième édition signera le retour des temps de rencontres, de convivialité, de découvertes, qui nous sont si précieux et qui nous ont tant manqué.

Eric Sinatora, directeur

MOHAMED BOUROUISSA, Périphéries 

En proposant une rétrospective de son travail Périphéries, le GRAPh est fier de présenter une photographie qui incarne la fiction documentaire, une photographie qui parle de la société en prenant le parti de s’intéresser à la marge, aux personnes et aux lieux victimes des raccourcis de l’image médiatique. Avec une approche transversale, diverse et riche, Mohamed Bourouissa défend une photographie porteuse de sens et de reconnaissance. Après de longues périodes d’immersion, les projets de Mohamed Bourouissa donnent à voir des fragments de réalité en faisant émerger des récits nouveaux. C’est sa connaissance approfondie du terrain qui donne toute sa puissance et sa pertinence à son travail de création.
Christian Gattinoni et Eric Sinatora, conseiller et directeur artistiques du festival, présentent en collaboration avec le galeriste Kamel Mennour une sélection issue du parcours extraordinaire de Mohamed Bourouissa, grande figure de sa génération.

BIOGRAPHIE :

Mohamed Bourouissa est né en 1978 à Blida, Algérie ; il vit et travaille à Paris.
Précédés d’une longue phase en immersion, chacun des projets de Mohamed Bourouissa construit une situation d’énonciation nouvelle. À l’encontre de constructions médiatiques faussement simplistes, l’artiste réintroduit de la complexité dans la représentation des marges de l’hypervisibilité.

Le travail de Mohamed Bourouissa a été exposé dans de nombreuses expositions personnelles, au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, au Centre Pompidou de Paris, à la Fondation Barnes, à Philadelphie, au Stedelijk Museum, Amsterdam, au basis à Francfort-sur-le-Main, au Bal, à Paris, à la Haus der Kunst, Munich et au FRAC Franche-Comté à Besançon. Il a participé aux Biennales de Sharjah, La Havane, Lyon, Venise, Alger, Liverpool et Berlin et à la Triennale de Milan.

En 2018, il est nommé pour le Prix Marcel Duchamp. En 2017, il a été sélectionné pour le prix de la photographie du Prix Pictet. Ses œuvres appartiennent à des collections de premier plan, dont celle du LACMA à Los Angeles, du Centre Pompidou et de la Maison européenne de la photographie à Paris et du Stedelijk Museum à Amsterdam.

SITE WEB : https://kamelmennour.com/artists/mohamed-bourouissa

PRUNE PHI, Otherworld Communication

Otherworld Communication questionne l’évolution de traditions Sud-Est Asiatiques liées au culte des ancêtres faisant face au développement rapide des outils de communications et des nouvelles technologies. L’installation pluridisciplinaire dévoile les indices d’un monde parallèle peuplé par nos ancêtres. Ceux-ci ont besoin de biens matériels qui ne peuvent leur être envoyés que depuis notre monde par l’incinération de fac-similés fabriqués en papier ou carton. Otherworld Communication est une société [fictive] fabricant ces objets votifs activés et envoyés par l’immolation. Cet opérateur téléphonique spécialisé dans les échanges inter-mondes offre ses services pour rendre possible une communication entre les défunts et les vivants. La voix de l’opératrice téléphonique explique la marche à suivre.

En parallèle, Prune Phi mène un projet avec des lycéens de l’Aude sur les moyens de communication et les outils employés pour garder le contact à distance. Les circonstances actuelles nous obligent à garder nos distances physiques et sociales, à travailler ou faire l’école à la maison par écrans interposés, et nous force à envisager de nouveaux modes de rencontres et d’existence ensemble tout en étant ailleurs. Des correspondances ont été initiées entre différents lycées à travers une création uniquement réalisée au téléphone portable.

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BIOGRAPHIE :

À la suite d’une licence en Arts Plastiques et d’un an au Birmingham Institute of Art and Design (Royaume-Uni), Prune Phi obtient un Master en Création Artistique, Théorie et Médiation. Elle intègre l’École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles dont elle est diplômée en 2018.
Elle expose notamment pendant les Rencontres Internationales de la Photographie d’Arles (2018), au Festival Circulation(s) à Paris (2019), à La Villette à Paris (2021). Son projet « Appel manqué » est publié aux éditions Filigranes (2018) suite à la Résidence 1+2. En 2020, les Ateliers Médicis lui remettent un prix “Création en cours”. Cette même année, elle participe au programme “la Villa Saïgon” à Ho Chi Minh Ville, résidence de l’Institut Français du Vietnam et à la résidence Fond de soutien à la Friche Belle de Mai à Marseille (2020-2021).

SITE WEB : http://prunephi.com/

Ulrich Lebeuf, Spettri di Famiglia

« Il y a bien évidemment des questions que l’on se pose avec le temps qui passe, et celle de l’identité en fait partie.

Ma mère, Charlotte, est née en 1938 en France d’un père Napolitain et d’une mère Française.

Les Napolitains sont particulièrement attachés à leur terre, leur pays. Elle s’est donc rendue dès sa plus jeune enfance, l’été à Naples, en famille.

À ce moment ses parents décidèrent de ne pas l’élever et de la laisser au « pays » sous la responsabilité de son oncle. Un homme extrêmement violent, d’abord envers son épouse, ensuite envers cette petite fille dont il avait la charge. À l’âge de 16 ans, elle s’enfuit des griffes de cet homme, avec la culpabilité d’abandonner sa tante.

Ma mère a gardé un lien très particulier avec ce territoire, un mélange de terreurs avec cet homme, et d’amour avec cette femme. J’ai imaginé Napoli toute mon enfance par le biais de ses histoires, de ses souvenirs, entre fascination et dégoût, entre violence et tendresse. En 2015 j’ai ressenti le besoin de découvrir cette ville en sa présence. Elle n’y était jamais retournée. Il me fallait photographier cette ville fantasmée, constituant indirectement mon histoire. Cette ville ou la fascination de la mort est rythmée par un hymne à la vie unique qui lui appartient.

Par différents processus photographiques, entre fiction et réalité, j’invente peu à peu un album de famille, et rend visible par mes images les personnages de son histoire, de mon histoire, des visages et des lieux inconnus à ma mémoire.

Je reviens sur le lieu d’un drame, je photographie un territoire avec cette même fascination naissante en moi. »    Ulrich Lebeuf

BIOGRAPHIE

Ulrich Lebeuf né en 1972 est un photographe français. Il est également depuis 2014 le directeur artistique du festival de photographie MAP à Toulouse et anime des workshop en France et à l’étranger. En Mai 2016 il reçoit le Prix Jean Dieuzaide décernée par l’Académie des Arts du Languedoc, cette récompense salue le travail du photographe, aussi bien pour son rôle de témoin lors de grands événements, via ses clichés pour la presse française et internationale ; que pour son engagement dans la promotion de la photographie en tant que directeur artistique. Membre de l’agence MYOP depuis janvier 2007, ses travaux sont publiés dans Le Monde, Libération, The New York Times ou des magazines comme Grazia, VSD, Géo, M Le Monde… Les photographies d’Ulrich Lebeuf sont réalisées, depuis plus de vingt ans, sur les terrains de l’actualité, lieux de conflits ou de pouvoir, lieux où l’histoire se décide et se fait.

En parallèle à son travail pour la presse, il poursuit des travaux photographiques plus personnels, où il alterne les processus photographiques selon les sujets : de la couleur, au noir et blanc, en passant par le Polaroïd, ou des procédés proches de l’art pictural.

SITE WEB : http://www.myop.fr/photographer/ulrich-lebeuf

MATTHIEU GAFSOU,Sacré

L’enquête photographique que livre Matthieu Gafsou sur l’église catholique fribourgeoise (un canton suisse) est sans concession, subjective et documentaire à la fois. Dans un mouvement dichotomique perpétuel entre le noir profond et un blanc presque éblouissant, s’exposent des vues architecturales lumineuses et inanimées et les figures qui incarnent l’église et ses liturgies représentées dans des clairs-obscurs caravagesques.

L’espace de l’église est scénographié autour de l’idée du sacré, il y a une mise en scène extrêmement maîtrisée que le photographe met à nu avec la distance et le traitement esthétique que l’on connaît de ses séries d’architectures et d’environnements extérieurs naturels.

L’élément humain vient incarner cet espace scénarisé et semble en refléter la hiérarchie. Abbés, prêtres, peu de fidèles, peuplent  cette série, mais c’est leur fonction et leur rôle qui les subliment, apostolats de rites anciens auxquels ils s’accrochent manifestement comme à un maigre reste de pouvoir longtemps échappé. Hors du temps, c’est l’essence même du rituel qui transparaît, au fond peu importe qu’il soit encore sacré ou qu’il ait perdu cette dimension. Les cultes d’adoration chrétiens ont perdu de leur panache au profit des rituels de consommation.

On ne peut s’empêcher de ressentir ce travail au travers du spectre de l’histoire de l’art tant le rôle de l’église a été important dans cette perspective. Dans ses compositions rigoureusement construites et soignées, c’est un peu de la grandeur de l’art sacré et du mécénat ecclésiastique que Matthieu Gafsou évoque en même temps qu’il décortique une iconographie catholique un peu bling bling et dépassée.

Pour Matthieu Gafsou, la mort est omniprésente dans l’espace de l’église : « Les murs des couvents s’effritent, la relève ecclésiastique n’est pas assurée, on peut percevoir le manque d’argent et le dogme s’adapte avec difficulté à la société actuelle », c’est la tristesse de cette tragédie de décadence, qui a touché le photographe, qui illustre cette fin de règne avec beaucoup de poésie. L’ironie pointe çà et là et l’on sent un regard critique, mais il ne s’agit pas d’un procès à charge. (Corine Stübi)

BIOGRAPHIE :

Matthieu Gafsou est un photographe franco-suisse, né en 1981 à Aubonne (CH). Il vit et travaille à Lausanne. Après une maîtrise en philosophie, littérature et cinéma à l’Université de Lausanne (2000-2006), il étudie la photographie à l’Ecole des Arts Appliqués de Vevey (2006-2008).

Ses séries photographiques ont fait l’objet de cinq monographies et de nombreuses publications et expositions. Parallèlement à sa pratique artistique, Matthieu Gafsou enseigne à la haute école d’art et de design de Lausanne (ECAL). Il est représenté par la galerie C et est membre fondateur de l’agence MAPS.

Matthieu Gafsou s’intéresse, toujours de façon formelle, à des phénomènes sociaux et humains. Déployant une forme très libre du documentaire, qui mêle différentes modalités formelles (natures mortes, reportage, portrait, paysage et architecture), il n’hésite pas à parasiter la documentation avec des images fabriquées, au caractère allégorique. Peu ou pas narratives, ses photographies fonctionnent en réseau, s’entrechoquent, pour tisser des significations multiples, qui questionnent le spectateur.

SITE WEB : http://www.gafsou.ch/

MARINE LECUYER, Burning

« Burning est une fiction d’anticipation, dans laquelle j’imagine un monde où l’eau n’existe plus. À la croisée du réel et de l’imaginaire, la série invite à cheminer à travers les vestiges d’un monde qui brûle, et dans lequel l’Homme se confronte à sa propre disparition. Dans cette dystopie, fragments, traces et souvenirs tissent la trame d’un récit intime, et questionnent la relation ambivalente que nous entretenons avec notre planète. Chaque élément devient tour à tour indice, symbole ou relique d’un monde suspendu, dans lequel nous ne savons plus tout à fait si la catastrophe a déjà eu lieu, ou si nous pouvons encore agir, afin de l’éviter. »

Avec un travail s’inscrivant indéniablement dans la fiction documentaire, Marine Lécuyer nous emmène dans l’une de nos angoisses les plus pressantes, dans un monde où le désastre environnemental se réalise. Aussi beau que désolé, le paysage de cette réalité s’offre à nous et nous inspire aussi bien l’admiration, la poésie, que le sentiment d’une perte irréparable.

BIOGRAPHIE

Née en 1986, Marine Lécuyer vit et travaille en Aquitaine. Autodidacte, elle se consacre à la photographie après une formation initiale en Sciences Humaines et de nombreux voyages. Elle développe une écriture personnelle à la croisée du réel et de l’imaginaire, et s’investit au quotidien dans la réalisation de projets photographiques au long cours, principalement tournés vers l’exploration de la notion de territoire – qu’il soit géographique ou intime.

Son travail, régulièrement exposé, est représenté par la galerie Arrêt sur l’image à Bordeaux. Son premier livre, Tarifa – Tanger, paraîtra en avril 2021 aux Éditions de Juillet, avec un texte de David Le Breton.

SITE WEB : https://marinelecuyer.com/

OMAR IMAM, Syrialism et Love, Live, Refugee

Dans sa série Live, Love, Refugee, Omar Imam cherche à dissoudre la représentation habituelle des réfugiés Syriens en remplaçant chiffres, rapports officiels et statistiques par des hallucinations, des peurs, des rêves. Dans plusieurs camps de réfugiés situés au Liban, Omar a collaboré avec des personnes pour faire ensemble cette catharsis, qui est un réel processus de guérison. Il leur propose de mettre en scène leurs rêves : des rêves de fuite, des rêves d’émasculation, des rêves d’amour et d’horreur. Les images qui résultent de ce travail, rares et surréalistes, évoquent les mondes intérieurs les plus intimes de ceux et celles qui survivent, tous les jours, avec des racines qui s’étirent au fur et à mesure qu’ils s’éloignent de leur lieu d’origine. Ainsi, les images de Live, Love, Refugee mettent à l’épreuve nos projections de victimisation, en offrant une nouvelle porte d’entrée vers l’imaginaire dans lequel naît notre humanité.

Dans Syrialism, Omar soulève les questions de la justice, de notre future, du dialogue, de la vengeance, du foyer, de l’intégration, du combat, de la religion… Ces histoires sont celles d’un activiste, d’un jihadiste, d’un pro-régime, d’un anti-régime, d’un vidéaste, d’un dealer, d’un immigré sans-papier, d’un homme d’affaires, d’un combattant, d’un artiste – et celle d’Omar lui-même, en tant que Syrien et ancien prisonnier. Omar oscille entre privé et public, afin de laisser les spectateurs découvrir les politiques internationales au travers des attitudes intimes de ses personnages. À tâtons, il a trouvé une voie artistique pour décrire l’horreur de l’histoire d’un homme recevant des électrochocs, ou d’une jeune fille de treize ans mariée de force à un soldat de DAECH. Ce projet est peut-être l’un des premiers projets à la fois artistiques et scientifiques qui aille à la rencontre de personnes de différents bords. Habituellement, nous voyons des images de propagande pour l’un ou l’autre des deux partis, qui montrent toujours l’autre comme un démon. Lorsque l’on parle de la Syrie, chaque projet devient la copie d’une copie d’une copie.

BIOGRAPHIE :

Omar Imam, artiste visuel né à Damas en 1979, ancien étudiant de Rijksakademie, vit et travaille à Amsterdam. À travers ses sculptures, court-métrages et travaux photographiques, Imam utilise l’ironie et une approche conceptuelle pour se confronter à la guerre, à ses causes et à ses conséquences. Ses photographies oscillent entre documents ordinaires et rêves résolument inconcevables. Son projet Live, Love, Refugee a été exposé dans 16 pays à travers le monde. Omar est représenté par la galerie Catherine Edelman.

SITE WEB : http://www.omarimam.com/

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