Le Coin Lecture

Toutes les deux  semaines, l’équipe du GRAPh-CMi vous propose d’en découvrir un peu plus la photographie contemporaine en vous présentant les livres de notre fond documentaire. Bonne lecture !

Dans Pigalle People, la photographe Jane Evelyne Atwood nous raconte la vie des femmes transgenres du quartier Pigalle, qu’elle avait documenté dans les années 1978-1979.

Dans les portraits en noir et blanc de Jane Evelyn Atwood, on découvre des personnages complexes, qui évoluent dans un univers souvent dur, plein de violence, de drogue, mais aussi d’amour, d’amitié et de rire. Elle témoigne dans ce livre de la vie des personnes transgenres qui résidaient et travaillaient dans le quartier Pigalle en 1978-1979, mais aussi de tous les gens qui les connaissaient et les côtoyaient. C’est un Pigalle d’avant que la photographe documente, avant les années 80 et l’épidémie de SIDA dans la communauté queer, avant la violence des skinheads, la pénalisation du travail du sexe sur la voie publique, … qui ont complètement changé l’essence de ce quartier.

La photographe nous livre, trente ans après, presque deux ans de sa vie auprès de ces femmes. Laissées en marge de la société, elles regardent pourtant fièrement la caméra en face et sont montrées pleines de dignité dans le regard de Jane Evelyne Atwood. Le récit qui accompagne les photos est un témoignage fort de leur vie, et pointe du doigt toute la violence physique et psychologique que cette communauté a subi (et subit toujours), et la force que ces personnes ont dû déployer pour s’en sortir.

Ce livre fait partie de la dotation du Ministère de la Culture aux centres d’art contemporains dont le GRAPh-CMi a bénéficié, dans le cadre du plan d’aide d’urgence aux éditeurs.

Pigalle People de Jane Evelyn Atwwod aux éditions Le Bec en l’air.
Pour plus d’informations : https://www.becair.com/produit/pigalle-people-1978-1979/

 Rédaction : Amélie Launay

Aujourd’hui on vous présente quatre artistes du livre Africa 21ème siècle : Photographie contemporaine africaine. Ce livre rassemble le travail de 51 photographes contemporain.es qui abordent les identités complexes et multiples des populations du continent africain en quatre thématiques, accompagné des textes d’Ekow Eshun.

On découvre dans la première thématique Villes hybrides le travail de Kader Attia, photographe franco-algérien. Il nous montre une plage d’Alger recouverte de « Rochers carrés », énormes blocs de bétons où les jeunes se retrouvent et restent des heures à observer le passage des bateaux sur la mer Méditerranée. Attia a voulu retranscrire dans ses images cette idée de frontière et ce besoin d’ailleurs, de vie meilleure que ressentent ces jeunes assis sur les blocs. On peut y voir aussi un parallèle avec les blocs de bétons que sont les cités en France, et où les jeunes français issus de l’immigration ont souvent les mêmes envies d’ailleurs que ces jeunes algériens posés sur les “rochers”. 

Dans Zones de liberté, la photographe nigérienne Yagazie Emezi nous parle d’une autre réalité : celle de la fétichisation du corps noir à travers l’histoire et qui est toujours présente aujourd’hui. Avec sa série Consommation du modèle noir, elle met en scène des personnes noires avec des fruits et légumes, à la manière des natures mortes. Elle dénonce ainsi le regard occidental et fétichisant que subissent les personnes africaines et afro-descendantes sur leur corps et questionne la théâtralisation des corps par les photographes, qui nourrit d’autant plus les clichés occidentaux.

Mythes et mémoires, la troisième thématique de ce livre, aborde notamment la spiritualité et la place que tient le continent dans le récit historique mondial. Shiraz Bayjoo, originaire de l’Ile Maurice, a travaillé sur ce dernier point grâce à un album de famille qu’il a retrouvé, appartenant à un riche propriétaire du XIXème. Sa série En famille porte un regard sur les personnes les moins considérées de l’époque : les domestiques. Autrefois rayé.es de l’Histoire, l’artiste a cherché à réparer cette violence en leur redonnant une place en tant qu’individu à part entière et un récit.

Pour la dernière thématique, Paysages intérieurs, c’est le projet Les Marocains de Leïla Alaoui, artistes franco-marocaine que j’ai choisi de vous présenter. En déplaçant son studio mobile de marché en marché au Maroc, Alaoui gagne la confiance des locaux et réussit à prendre le portrait de  la diversité culturelle du pays et ses différents us et coutumes qui s’entrechoquent. Elle utilise de la lumière artificielle et des fonds noirs, ce qui permet de concentrer son regard sur les vêtements et attitudes de ses sujets : l’univers de la photographie de mode croise celui de la photographie documentaire, dans un style unique qui fait honneur à cette richesse culturelle.

Cet ouvrage nous permet de survoler la richesse des images produites sur ce continent, et comme on ne peut définitivement pas se limiter à quatre artistes, retrouvez-nous le mercredi 9 juin à 11h30 sur RCF Pays d’Aude pour en découvrir quatre de plus…

Africa 21ème siècle : Photographie contemporaine africaine aux éditions Textuel.
Pour plus d’informations : https://www.editionstextuel.com/livre/africa_21e_siecle

 Rédaction : Amélie Launay

Les Failles Ordinaires de Géraldine Lay, une balade poétique qui suspend le temps le long d’un livre.

C’est le réel que l’on contemple dans Failles ordinaires, « le drame immobile de la vie ordinaire » comme le souligne Jacques Damez dans le texte qui accompagne cette balade photographique. C’est un univers apaisant, composé avec des couleurs sourdes et une ambiance tamisée, et de la douceur dans les tons et le cadrage des photographies.

La succession de sujets photographiques et de lieux que rien ne relie est déroutante parfois : Géraldine Lay nous offre dans ce livre un puzzle « sans pré-découpage », une balade sans but précis à travers différents pays d’Europe, mélangeant des portraits d’inconnus en pleine rue entrecoupés de paysages urbains enfouis sous la neige. Et l’immobilité du quotidien, les passant.es perdu.es dans leur bulle personnelle nous emmène à notre tour dans une faille temporelle le temps d’une lecture.

Failles ordinaires de Géraldine Lay aux éditions Actes Sud.
Pour plus d’informations : https://www.actes-sud.fr/node/41193

 Rédaction : Amélie Launay

Cette semaine dans Le Coin Lecture du GRAPh, nous vous emmenons en voyage avec le photographe Stephan Gladieu, pour découvrir une société dont on a peu d’images : la Corée du Nord.

Le livre Corée du Nord de Stephan Gladieu est issu d’un projet inédit : celui de photographier les habitants d’un pays mystérieux, qui est très peu représenté en photographie. Pour réaliser cet objectif, il choisit de faire le portrait des nord-coréens et nord-coréennes dans leur environnement quotidien ; un choix audacieux dans une société basée sur l’esprit collectif et où l’expression individuelle n’est pas encouragée, voire réprimée.

On est d’abord étonné de découvrir des scènes de vie quotidiennes légères et colorées, comme une famille au zoo, des amies profitant du parc aquatique, des militaires à la patinoire… Mais la maîtrise parfaite de l’image nous apparaît rapidement évidente : un cadrage équilibré, des corps positionnés en symétrie et des tenues vestimentaires toujours rigoureusement impeccables. Grâce à son petit studio de rue équipé d’un flash, Stephan Gladieu nous offre dans Corée du Nord une mise en scène semblable aux images de propagandes – qu’on aperçoit parfois à l’arrière-plan de certaines photographies – tout en s’éloignant des clichés que le reste du monde se fait de la vie au cœur de ce pays.

Ce livre fait partie de la dotation du Ministère de la Culture aux centres d’art contemporains dont le GRAPh-CMi a bénéficié, dans le cadre du plan d’aide d’urgence aux éditeurs.

Corée du Nord de Stephan Gladieu aux éditions Actes Sud.
Pour plus d’informations : https://www.actes-sud.fr/catalogue/coree-du-nord

 Rédaction : Amélie Launay

« Escales & Scale », le livre photographique de Mathieu Oui qui nous fait rêver de soleil et d’Italie avec un fil rouge peu commun : l’escalier.

Pour ses 50 ans, Mathieu Oui s’offre un beau cadeau : le tour du littoral italien en train pendant 6 semaines. Partout où il fait escale, il choisit de porter son regard sur un sujet en particulier, l’escalier, ou scale en italien. Ce lieu, pourtant fixe et ancré dans le paysage depuis des centaines d’années, représente pour lui un lieu de passage, de transition, de voyage aussi.

Au travers de photographies argentiques en noir et blanc, ce remake contemporain du Grand Tour – autrefois réalisé par les jeunes et riches artistes européens de la Renaissance – est l’occasion de découvrir (ou de redécouvrir) les beaux paysages d’Italie, son histoire et sa culture. Mathieu Oui nous régale de cette collection de souvenirs ensoleillés en jouant avec les formes et les architectures diverses de l’escalier, et au fil de ses mots, nous racontent son périple de Trieste à Turin. 

Commande directe auprès de l’auteur : 06 26 07 78 90 – mathieu.oui@gmail.com
Pour plus d’informations : http://www.mathieuoui.com/escales-scale-le-livre/

 Rédaction : Amélie Launay