“Il était une fois un maire gitan”, portrait hors du commun

Dans le cadre de la quatrième édition du Festival International du Film Politique, le GRAPh a le plaisir de présenter en partenariat avec le FIFP le travail de la photographe iranienne Mahka Eslami.
Un portrait d’une grande sensibilité à découvrir à la Maison de la Région du 14 janvier au 26 février 2022.

Michel Soulès, en voiture, le long des lignes à haute tension de Berriac. (c) Mahka Eslami, 2018

Ce trou à rats est un enfer toxique qui n’épargne personne, m’a un jour dit Michel de ce quartier dont il est maire, et où il a grandi.

Des barbecues arrosés, des soirées endiablées et beaucoup de folie : voilà ce que je pensais trouver en découvrant la communauté gitane de la cité de l’Espérance, à Berriac, à quelques kilomètres de Carcassonne. En 2015, j’ai lié connaissance avec sa figure de proue, Michel Soulès, 60 ans aujourd’hui, seul maire gitan de France. Et je ne pouvais alors pas deviner que je continuerai d’y aller et venir cinq ans plus tard, jusqu’à la veille des élections municipales avortées de mars 2020.

Au gré de mes séjours à Berriac dans les pas de Michel, je me suis plongée dans le quotidien des familles de la Cité, dans les caravanes et les pavillons enserrés de pylônes électriques et de lignes à haute tension, où trop de drames s’invitent à la fête.

Bâtie à la fin des années 1960 pour accueillir une communauté gitane qui logeait jusqu’alors dans une décharge à Cavayère, la Cité de l’Espérance vantait un avenir radieux à ses résidents. Quarante ans plus tard, la promesse a viré au cauchemar. Morts précoces, cancers à répétition, arrêts cardiaques, problèmes de fertilité, les gitans subissent et accusent la trop grande proximité d’un poste électrique – installé à seulement trois mètres de certaines maisons.

Quinze d’entre eux, soutenus par le maire, ont décidé d’attaquer EDF en justice au printemps 2015, afin de faire constater les préjudices sur leur état de santé, liés, selon eux, à la présence des lignes à très haute tension. Six ans plus tard, le jugement se fait toujours attendre, mais nombreux sont les habitants de la Cité que j’ai vu tomber malades, développer des handicaps, ne pas revenir de l’hôpital. Tandis que la situation s’enlisait, j’ai vu aussi Michel, dont tous les grands-parents, le père et le frère sont morts de cancers, se battre pour le salut de sa communauté, afin d’accéder à un relogement salubre et pérenne.”

Mahka Eslami, photographe

MAHKA ESLAMI | BIOGRAPHIE

Photographe iranienne, elle est née à Paris et y a vécu jusqu’à l’âge de sept ans avant que ses parents ne retournent à Téhéran, où elle renoue avec ses origines. Parallèlement à des études d’ingénieur en Iran, elle travaille comme journaliste au sein de l’hebdomadaire contestataire Chelcheragh. Réinstallée en France, elle suit à Carcassonne un diplôme universitaire de Photographie Documentaire et d’Ecritures Transmédia, puis devient photographe indépendante et membre du collectif Hans Lucas. Elle est co-auteure du webdocumentaire « En son âme et conscience », lauréat de la bourse Brouillon d’un rêve de la SCAM en 2015 et primé au Festival international du film d’environnement (Fife) à Paris en 2016. Son travail est axé sur la construction identitaire en rapport avec le territoire. Elle réalise des reportages en France et à l’étranger tout en poursuivant en parallèle des projets documentaires personnels au long cours. Son travail a été publié dans : Le Monde, Libération, Society, Néon, Télérama, Les Inrockuptibles, BBC News. En 2021, elle a été lauréate de la bourse du Cnap (centre national des Arts plastiques) pour un travail en cours, mené entre les rivages du nord de la France et les montagnes du Kurdistan.

INFORMATIONS PRATIQUES

une exposition à découvrir du 14 janvier au 26 février 2022
à la Maison de la Région (5, rue Aimé Ramond | CARCASSONNE)
entrée libre du lundi au vendredi, de 8:30 à 12:00 et de 13:30 à 17:00
contact : 04 68 71 65 26 / cmi.graph@gmail.com