Fictions Documentaires : 1er Festival de la photographie sociale 

Avec l’établissement de ce premier festival autour de la photographie sociale, le GRAPh s’inscrit résolument dans une tradition de la photographie humaniste et militante qui lui est chère, la photographie qui entreprend de révéler par le regard d’auteur « les contraintes exercées par une société sur ses membres ».

Depuis toujours, la photographie sociale se concentre sur le sujet, l’humain, l’individu. Cela est toujours vrai de cette pratique, qui est restée empreinte de compassion et de valeurs de fraternité ainsi que de justice et d’égalité entre les hommes. Cependant, tout au long du XXème siècle jusqu’à nos jours, la perspective que les photographes participant de cette pratique ont adoptée a sensiblement évolué.

Bien qu’ils restent concentrés sur les problématiques des conditions de vie de certaines strates de la société, et bien qu’ils continuent de traiter ces thématiques à travers le particulier et l’individuel, on constate que la démarche s’est subtilement déplacée au niveau moral.

Les photographes fondateurs de cette pratique de la photographie sociale basaient leur travail sur certains cas-types dans lesquels le spectateur pouvait lire l’étendue de la pénibilité des conditions de vie ou de travail d’une communauté plus large. L’individu était donc l’ambassadeur de problèmes dépassant sa seule existence, le photographe désignait ses modèles comme les porte-paroles, les visages de situations dénoncées par le medium de l’art. On voit les personnes placées dans le flot de l’histoire et de la société, comme éléments constituants et victimes de leurs excès.

Plus récemment, avec l’évolution des mentalités vers une attention croissante portée sur la personne, vers un individualisme tout libéral, on observe une photographie sociale qui fait du modèle le sujet au cœur de l’image et du propos de l’artiste. A travers l’intimité de l’individu, à travers un vécu singulier, on lit les stigmas laissés par les mouvements de société. La tendance dans cette dialectique particulier/universel semble donc s’être inversée ; d’une figure humaine qui n’était qu’une goutte d’eau dans l’océan de l’injustice sociale, on est passé à ce corps qui occupe l’espace de la photographie pour montrer, à une échelle absolument humaine, ce que c’est que d’exister aujourd’hui, souvent malgré les résistances que notre société nous oppose.

Ces marginalisations, ces situations d’injustice, d’isolement, de souffrance, la photographie sociale entreprend de les donner à voir à un spectateur, aussi immédiatement que possible, avec autant d’empathie et de fidélité que possible. Le medium tente, par le regard et la narration, de rendre justice à ces sujets qui lui préexistent ; car la photographie sociale est dépendante de son sujet. Il s’agit d’être appelé par une histoire et une perspective sur la vie pour pouvoir la mettre en images ; la photographie sociale refuse la fiction et l’embellissement, sans toutefois se priver d’adopter un regard qui ne prétend plus à l’idéal irréaliste de l’objectivité mais qui au contraire le transcende.

La photographie sociale, en cela qu’elle tâche de dépasser la seule description factuelle, s’attache à poser les questions d’identité individuelle et d’identité collective, de majorité et de marge, de la réalité psychologique face au fait de société. Par ce dualisme entre description désengagée et militantisme assumé, les artistes proposent des travaux et propos nuancés, où la photographie dialogue avec d’autres média, avec les mots, avec le son, pour pouvoir trouver le parfait équilibre et éveiller au mieux les sentiments humains d’empathie, de compassion et amener le spectateur à, lui aussi, pénétrer la marge.